Glossaire
Qu'est-ce que la géopolitique ?
Mis à jour le
La géopolitique étudie les rivalités de pouvoir sur des territoires : la façon dont l'espace (frontières, ressources, voies maritimes, mais aussi représentations et récits) façonne les rapports de force entre acteurs politiques. Le mot a été forgé en 1899 par le politologue suédois Rudolf Kjellén.
Une définition simple
Comprendre une situation géopolitique, c'est répondre à trois questions : qui s'affronte ou coopère, pour le contrôle de quel espace, et au nom de quelles représentations. Un même territoire (un détroit, un fleuve, une région frontalière) peut être revendiqué par plusieurs acteurs qui ne lui donnent pas le même sens. La géopolitique s'intéresse à ces désaccords et aux stratégies qui en découlent.
Elle se distingue de la géographie, plus large, en se concentrant sur le pouvoir, et de la géostratégie, qui en est la dimension militaire et stratégique. La frontière entre ces notions reste discutée : la géopolitique est moins une science figée qu'une méthode d'analyse interdisciplinaire.
L'origine du mot (1899)
Le terme apparaît à la charnière des XIXe et XXe siècles, dans le sillage du darwinisme social, d'une géographie de plus en plus politique et de l'expansion des grandes puissances industrielles. Le mot est forgé en 1899 par le Suédois Rudolf Kjellén, qui lie la sécurité d'un État à ses frontières, à sa puissance maritime et à l'unité du peuple et du territoire.
On l'associe aussitôt à l'Allemand Friedrich Ratzel, auteur d'un essai sur le Lebensraum (« espace vital »). Kjellén et Ratzel sont considérés comme les deux premiers géopoliticiens. Cette première géopolitique, marquée par un fort déterminisme physique, est d'emblée pensée comme un outil au service de la puissance des États.
Les grandes écoles de pensée
Trois traditions structurent la géopolitique classique :
| École | Idée centrale | Auteurs |
|---|---|---|
| Allemande (déterministe) | L'espace vital comme condition de la puissance ; vision instrumentalisée ensuite par le nazisme. | Ratzel, Kjellén, Haushofer |
| Anglo-saxonne (maritime et continentale) | La maîtrise des mers (Sea Power) et le contrôle du « cœur » continental (Heartland, puis Rimland). | Mahan, Mackinder, Spykman |
| Française (anti-déterministe) | La nation comme volonté de vivre ensemble plutôt que comme fatalité du sol ; le « possibilisme ». | Vidal de la Blache, Jacques Ancel |
L'Anglais Halford Mackinder résume sa thèse d'une formule restée célèbre : « Qui tient l'Europe orientale tient le Heartland ; qui tient le Heartland tient l'île mondiale (l'Eurasie) ; qui tient l'île mondiale tient le monde. » Le géographe américain Nicholas Spykman lui répond avec la notion de Rimland, les marges côtières de l'Eurasie, dans America's Strategy in World Politics (1942).
Du rejet au renouveau
Parce que la Geopolitik allemande avait été récupérée par le régime nazi, le mot devient suspect après 1945 : Staline en interdit l'étude, et entre 1945 et 1975 quasiment aucun texte anglo-saxon n'emploie le terme. En France, l'après-guerre est une éclipse, à l'exception du Que sais-je ? du contre-amiral Pierre Célérier, Géopolitique et géostratégie (1955).
Le tournant vient de Yves Lacoste. Avec La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre (1976) et la revue Hérodote, il réhabilite la géopolitique en France. Michel Foucher et Paul Claval prolongent ce mouvement à la fin des années 1970 et dans les années 1980.
La géopolitique aujourd'hui
Le terme est devenu omniprésent, parfois jusqu'à l'excès : on parle de géopolitique de l'énergie, du numérique, du sport ou de la cuisine. Faute de définition unique, mieux vaut la voir comme une méthode de questionnement interdisciplinaire des relations internationales, attentive aux inerties physiques et humaines comme aux représentations.
Pour aller plus loin, deux portes d'entrée concrètes sur ce site : la distinction entre Proche-Orient et Moyen-Orient et la carte du Moyen-Orient. Vous pouvez aussi parcourir notre sélection de livres de géopolitique pour approfondir.
Questions fréquentes
Qui a inventé le mot « géopolitique » ?
Le terme a été forgé en 1899 par le politologue suédois Rudolf Kjellén. Il est ensuite associé à l’Allemand Friedrich Ratzel, théoricien du Lebensraum (« espace vital »), les deux étant considérés comme les premiers géopoliticiens.
Quelle différence entre géopolitique et géographie ?
La géographie décrit et explique l’organisation des espaces en général. La géopolitique se concentre sur les rivalités de pouvoir sur des territoires, c’est-à-dire la façon dont des acteurs s’affrontent ou coopèrent pour contrôler un espace.
Quelle différence entre géopolitique et géostratégie ?
La géostratégie désigne la dimension militaire et stratégique : le choix et la défense de positions, de routes et de points d’appui. Elle est souvent présentée comme une branche de la géopolitique, qui englobe aussi les dimensions économiques, identitaires et symboliques.
Pourquoi la géopolitique a-t-elle été longtemps rejetée ?
Parce que la Geopolitik allemande de l’entre-deux-guerres, autour de Karl Haushofer, a été instrumentalisée par le régime nazi. En 1945, Staline interdit même son étude. Le mot ne réapparaît vraiment en France que dans les années 1970, avec Yves Lacoste.
Sources
- Géopolitique, GéoDico.
- Ludovic Chevassus, Introduction à la géopolitique, Clio Lycée (Les Clionautes), 2025.
- Geopolitics : la géopolitique dans le monde anglo-américain, revue Hérodote (Cairn), 2012.
- Vincent Capdepuy, Orient, Géoconfluences, ENS de Lyon, 2025.